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Pour les ouvriers du tramway, ce fut une surprise de taille : dix sarcophages mérovingiens à moins d'un mètre de profondeur sous la place du Ralliement, face à la pharmacie. Cette trouvaille inattendue, le 23 septembre 2008, constitue à l'heure actuelle l'élément majeur du bilan archéologique du chantier du tramway.
Il s'agit de sarcophages mérovingiens, dont la datation reste à affiner (5e ou 6e siècle). Ce mode d'inhumation n'était pas rare à cette époque : un grand nombre de sarcophages ont ainsi été retrouvés plus haut dans le centre-ville d'Angers, sur le site de la collégiale Saint-Martin.
Les sarcopaghes de la place du Ralliement présentent pour la plupart un bon état de conservation. Les fouilles sur les remblais récents, opérées durant la semaine qui a suivi la découverte, ont montré que deux sarcophages avaient été endommagés sans doute lors de travaux de canalisations réalisés dans les années 1930.
Jeudi 16 octobre, les sarcophages ont été ouverts (voir photos ci-dessous), devant un grand nombre d'Angevins qui ont suivi cette opération sur l'écran géant installé place du Ralliement. A première vue, plusieurs des squelettes découverts à l'intérieur semblaient dans un bon état de conservation. Mais l'analyse plus poussée des ossements montre que la plupart sont très fragilisés, rendant délicate toute opération de manipulation.
Elément surprenant : la présence, dans certains sarcophages, d'ossuaires mêlant les squelettes de plusieurs enfants. "Il était déjà assez rare que des enfants soit inhumés en sarcophage. Plusieurs enfants, certains de moins d'un an, dans un même sarcophage, c'est encore plus inattendu", relève Elodie Cabot, anthropologue spécialisée dans l'archéologie funéraire et responsable du chantier de fouille.
L'endroit où ont été découverts les sarcophages constitue une surprise pour les archéologues. Selon l'hypothèse retenue, c'est dans la crypte de l'ancienne église Saint-Maurille, construite au 6e siècle, qu'ils auraient été inhumés. Or on pensait que cette église se situait plus haut, rue Saint-Maurille justement.
Cet enseignement montre l'intérêt de la découverte, qui permettra d'affiner la connaissance du site à cette période mais aussi son évolution à travers les âges (le chantier de fouille présente également des vestiges gallo-romains, et d'autres de l'époque moderne).
Un sarcophage attire particulièrement l'attention. Ses dimensions sont plus importantes que les autres, disposés autour de lui : deux sarcophages lui sont même accolés de part et d'autre, soudés par du mortier. Pour les archéologues, cela indiquerait la sépulture d'un personnage important de la ville, dignité politique ou religieuse.
De qui pourrait-il s'agir ? L'hypothèse qu'il s'agisse de la tombe de saint Maurille lui-même a été rapidement avancée... et finalement abandonnée, suite à l'examen du squelette. "Le squelette trouvé dans ce sarcophage est entier", indique Sylvie Barbier, adjointe scientifique et technique de l'Inrap*. "Or on sait que des reliques ont été prélevées sur le corps du saint après sa mort."
La personne inhumée dans ce sarcophage demeure donc anonyme. "On peut légitimement supposer que c'était quelqu'un d'important, mais il est à craindre qu'on n'en apprenne guère plus sur son identité", indique Martin Pithon, archéologue à l'Inrap. En effet, les sépultures de l'époque se distinguaient par leur sobriété : pas d'inscription ni d'objets enfouis avec le défunt.
Reste que ces sépultures semblent étroitement associées à la légende de saint Maurille, qui aurait réssucité un enfant. L'inhumation d'enfants dans l'église dédiée au saint pourrait avoir eu pour but de les placer sous sa protection.
Au moins deux squelettes présentent par ailleurs la même anomalie génétique, qui pourrait être héréditaire. De là à penser qu'il s'agit de défunts d'une même famille, il n'y a qu'un pas que les archéologues franchissent avec prudence : "Des tests ADN seront réalisés pour le confirmer. Mais on a déjà constaté que nous sommes en présence d'une population aisée, sans carence alimentaire", précise Sylvie Barbier. "L'hypothèse qu'il s'agisse du regroupement d'une famille de pouvoir, religieux ou laïc, semble très plausible."
La découverte de ces sarcophages, exceptionnelle sur un tel site, permettra de mieux connaître le visage gallo-romain et médiéval de la place du Ralliement et de ses abords, riches des vestiges des anciennes églises Saint-Maurille, Saint-Pierre et Saint-Mainboeuf, mais dont l'histoire recèle encore des zones d'ombre.
La semaine qui a suivi la découverte a été consacrée à l'organisation du chantier et à la constitution de l'équipe d'archéologues, de six personnes, sous la responsabilité d'Elodie Cabot. Cette même semaine a aussi permis de "nettoyer" le site, en séparant le matériel récent (remblais entre les sarcophages par exemple) des vestiges médiévaux et gallo-romains.
L'étude des vestiges anciens a débuté lundi 6 octobre. Auparavant, un barnum a été mis en place pour protéger les fouilles des intempéries. Ses côtés, laissés ouverts, laissent les fouilles visibles depuis l'extérieur du chantier.
Les sarcophages ont ensuite été ouverts jeudi 16 octobre 2008. Une fois les fouilles terminées, les sarcophages ont été retirés du chantier pour être étudiés en laboratoire, avant sans doute de rejoindre un musée.
* Institut national de recherches archéologiques préventives
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